Hutech : Indicateurs et Philosophie pour une Ingénierie Ecouménale (HIPPIE)
Éléments de cadrage
La technique est l’une des façons dont l’Homme habite la Terre.
L’Homme habite la terre techniquement (paraphrase du vers d’Hölderlin étudié par Heidegger. L’adverbe utilisé est « poétiquement »).
L’Homme passe son temps à aménager (techniquement) les espaces, le temps, la mémoire, le vivant, les corps, les esprits, etc. Devenue industrialisée, productiviste, mondialisée, financiarisée, l’activité technologique a perdu de vue sa fonction civilisatrice et émancipatrice. Un seuil de contre-productivité a été largement atteint : crises environnementales, crises morales, crises de sens.
On semble atteindre une inversion quant au contrat social inter-générationnel : la majorité des parents actuels ne croit pas (ou a du mal à espérer) que leurs enfants auront une vie au moins aussi bonne que la leur. Les marches des jeunes
pour le climat sont des marches
contre celui que leurs parents leur laissent.
Dans cette « modernité », l’Homme a perdu le sens écouménal de son habiter.
Nous ne savons plus habiter, c’est-à-dire prendre soin de notre milieu en tant qu’il participe de notre être (et vice-versa transductif), de notre temps, de notre avenir, de ce qu’Augustin Berque appelle l’écoumène, ou notre rapport écouménal à l’étendue terrestre et à nous-mêmes.
Notion d'écoumène
L’un des problèmes de fond semble être que l’on n’arrive pas à envisager l’Homme comme faisant partie de la nature. L’héritage cartésien, séparant la chose pensante et la chose étendue, reste à dépasser.
Nous cherchons donc un terme qui aurait pour base les relations transductives entre l’humanité (en tant qu’animalité technologique et spirituelle) et la planète. Un concept permettant d’œuvrer pour l’humanité en tant que partie de la nature, ou pour le monde en tant qu’il contient l’humanité.
Ce terme, c’est le géographe et philosophe Augustin Berque qui nous le fournit, avec le concept d’écoumène. Le terme écoumène désignait initialement (depuis l’Antiquité) en géographie les terres habitées, la partie de la Terre habitée par l’Homme. Maintenant qu’à peu près toute la Terre est peuplée, visitée, exploitée et affectée par l’Homme, et aussi parce que Berque cherche à saisir la relation transductive entre l’Humanité et la Terre, il reprend cette notion en l’étendant phénoménologiquement.
L’écoumène est une relation : la relation à la fois écologique, technique et symbolique de l’humanité à l’étendue terrestre. […] Si nous sommes géographiques, c’est dans le sens où, bien au-delà de la définition physique de notre corps, il y va en nous-mêmes de la terre entière. Autrement dit, nous sommes humains dans la mesure où ce qui se passe aux antipodes nous concerne. […] Cela nous concerne ontologiquement, dans le sens où, à la différence des anthropoïdes, ce qui se passe “là-bas”, très au-delà des limites de notre corps, et même dans l’éventualité où nous n’y mettrions jamais les pieds, constitue notre existence même.
(Augustin Berque, Écoumène, introduction à l’étude des milieux humains, Paris, Belin, 2000)
Nous proposons d’appeler ingénierie écouménale une démarche à construire qui vise à soutenir des projets de société prenant soin de l’écoumène tout entière, notamment en mobilisant les technologies. Il ne s’agit pas, dans un triste compromis, de prendre soin de l’Homme mais aussi des autres êtres vivants mais aussi des sols mais aussi de l’atmosphère mais aussi des océans, etc. Il s’agit de prendre soin de l’Humanité en tant qu’elle est géographique, à partir « du fait que l’être de l’humain se grave (graphein) dans la terre (gê), et qu’il en est en retour gravé dans un certain sens ». Pour préciser cette idée, il s’agit de prendre soin de l’Humain en tant qu’en relation essentielle avec les autres êtres, et non pas contre eux, non pas en dehors de cette relation.
Commande
Créer un outil Sushi pour le technologue Hutech, qui soit a priori une batterie d’indicateurs sociétaux, écouménaux, parmi lesquels on ferait une sélection au début d’un projet.
Il existe de nombreux indicateurs économiques (qu’il faut abondamment critiquer, ex : le PIB, la richesse), également de très nombreux critères écologiques (qu’il est vertigineux de mettre en relation avec les questions de civilisation, de société, ex : low tech), mais les indicateurs sociétaux sont moins développés ou très macro (ex : indice de développement humain du PNUD).
Il nous manque un outil formel de cadrage de projet à haute valeur sociétale, qui hérite de tous nos concepts modélisant les liens et effets socio-techniques.
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